Sandra Zeenni

Texte

Est-ce du marbre ? Est-ce du bronze ? Les dernières sculptures de grès blanc ou noir émaillé de Sandra Zeenni se réfèrent de façon allusive au corps humain, ne laissant aucun doute sur leur interprétation. A la fois figuratives et abstraites, elles évoquent de façon troublante la torsion d’un buste, l’amorce d’une épaule, l’étirement d’un dos allongé ou l’arrondi d’un ventre, soudain érotisé par quelque orifice un peu caché. Elles sont à la fois le tout et la partie. Une sculpture noire émaillée montre une mêlée intime où s’entend comme une respiration. Plus que des fragments du corps contemporain, ces sculptures s’inscrivent dans une histoire de l’art : elles retiennent dans leurs courbes sensibles et caressantes le souvenir de la statuaire antique, et celui de la peinture baroque où le muscle se découpe dans la lumière. Issue de la céramique et de l’émail, Sandra Zeenni est devenue sculpteur « sans avoir jamais projeté de l’être, en suivant une voie ouverte à elle progressivement », en travaillant depuis des années sur l’abstraction du vivant. « Je viens du Liban, précise-t-elle, un pays où il règne encore des tabous, et j’entends affirmer un existant féminin. » Chemin faisant, elle a trouvé sa technique et son processus de création : elle cherche la forme de ces sculptures en mettant la plaque de terre contre elle, en la travaillant dans un corps à corps. Et les titres de ses œuvres, des morceaux de mots (Coma, Lage Uz, Lage T, Zon) dont nous ne saurons rien, sont en accord avec elles.

Carole Andreani

Respirations

Organique, abstrait, humain, … l’ensemble des “Lage” de Sandra Zeenni invite le regardeur à l’expérience d’un corps à corps. De ces fragments suggestifs, émergent un univers de crânes et têtes, dos, colonnes vertébrales plus ou moins marquées, déviées ou discontinues, des hanches, des fesses, des bustes, surfaces douces et sensuelles, féminines.

Ici, l’impression transitoire de plénitude est vite interrompue par des orifices et cavités qui surgissent, des bouches poussant un cri. “Sans ces béances, ces ouvertures, il n’y a pas de respiration ; la forme suffoque et moi avec elle”. Sandra Zeenni parle de turbulence.

Erigés ou horizontalisés, détendus ou repliés, les corps semblent en proie à des mouvements incontrôlables, à des forces intérieures sourdes voire menaçantes.
La force évocatrice du travail de Sandra Zeenni est à la mesure de l’ambiguïté qui amplifie trouble et confusion, à l’image de ces faces masculines, androgynes, féminines qui se mêlent, au sein d’une même création. Un corps qui pose question.
Ses pièces hybrides, qui semblent dotées d’une épaisseur mémorielle, comme les accidents qui ponctuent la matière, dissuadent le regardeur de se satisfaire d’une simple position de survol. Car aucun mot n’est capable d’étiqueter ou de fixer ces créatures mutantes qui semblent plutôt procéder d’un univers fictionnel. Les sculptures invitent donc à une autre approche plus tactile dans le sillage du corps à corps mis en œuvre dans le processus de création.

Parmi les pièces blanches, il y a les œuvres plus éthérées, plus sublimées, moins accidentées et qui, par leur volupté et leur douceur, nous bercent de plénitude et de réassurance. Il y a également celles intitulées « Figure » et « Dada », dépouillées de leur peau d’émail, au toucher vif et mat de la terre brute dont la blancheur irradie.

Les “Noirs”, en revanche, tout en tension, fonctionnent avec l’espace et la lumière : les émaux, appliqués au pinceau de manière jubilatoire jouent avec les rayonnements et entraînent la sculpture vers le champ de la peinture et de l’installation. Les Noirs, deviennent gris bruns, verts, violet ou mauves et laissent apparaitre des effets de brillance et de matité en fonction de l’angle de vue et de l’intensité lumineuse de l’exposition.

Ces sculptures contredisent notre croyance en une réalité immédiate, stable, fondée sur les apparences extérieures.

Xavier de Rubercy

Sandra Zeenni

Sandra Zeenni vit et travaille à Paris. Elle a passé son enfance au Liban, pays avec lequel elle entretient un lien toujours vivace.
Titulaire de plusieurs prix ou distinctions, elle est actuellement exposée à New York par la Liz O’Brien Gallery, à Nancay (France) par la galerie Capazza et à Paris par la Galerie May et la 1831 Art Gallery .
Ses pièces sont présentes dans plusieurs collections publiques en France et au Japon. Ses dernières participations à des expositions publiques se sont tenues en 2019 à l’Hotel Gouin de Tours, dans le cadre du 500eme anniversaire Leonard de Vinci, en 2015 au Musée de Sarreguemines et en 2014 au Musée National Adrien Dubouché, à Limoges et à la Villa Empain (Fondation Boghossian) à Bruxelles, en Belgique.
En 2015, ses sculptures étaient présentées à Collect International Art Fair, à la Saatchi Gallery à Londres, représentée par la galerie Collection.
En 2016, une exposition personnelle lui est consacrée par la Galerie Capazza . En 2017 et 2018, c’est au Park Avenue Armory que la Liz O’Brien Gallery montre ses sculptures, à New York.


Breath

Organic, abstract, human…. Sandra Zeenni’s collection entitled « Lage », encourages the viewer to consider works from a « one on one » standpoint. Emerging from these suggestive fragments are skulls, heads, backs, back bones; which are more or less distinguishable; diverted or interrupted, hips, bottoms, busts, and soft surfaces that are sensual and feminine.

Here, the orifices and cavities which are present in her sculptures are like mouths crying out, challenging the fleeting impression of fullness. « Without these gaps, these openings, there would be no breath; the form suffocates and myself with it ». Sandra Zeenni speaks here of turmoil.

Whether upright or horizontal, in relaxed poses or doubled up, these bodies seem to be on the verge of uncontrollable movement, possessed by inner silent, almost threatening forces. The inherent strength of Sandra Zeenni’s work stems from, and is enhanced by, the ambiguity denoted by the feeling of discomfort and confusion that emanate from masculine, androgynous and feminine angles intermingling as part of the same piece. A body that compels.

Her hybrid works seem to encapsulate layers of memory, as if an accident has altered the matter, dissuading the onlooker from a mere cursory assessment. For, neither words nor labels suffice to sum up these mutant creatures, as they appear to be more the product of a fictional world. These sculptures therefore incite another appraisal, one that is more tactile in the wake of their « body on body » representation, evoking the process of creation.

Amongst the white pieces, some are more ethereal; they are elevated to another status. They are less rugged and fill us with a feeling of well being and reassurance with their soft voluptuousness. Others, such as the works entitled « Figure » and « Dada » have been stripped of their veneer. They are raw and earthy in feel and yet the whiteness shines through.

The black pieces, on the other hand, are filled with tense energy set off by space and light; the exuberant enamelled paintbrush applications play with light and lend the sculptures a painterly feel. The black pieces become greyish brown, green, purple or mauve and alternate between appearing shiny or matte, depending on the angle from which they are viewed from and on the intensity of the exhibition light.

These sculptures challenge our beliefs in a reality that is straightforward, stable, or one based on external appearance.

Xavier de Rubercy

Sandra Zeenni

Sandra Zeenni works and lives in Paris.
She spent her childhood in Lebanon, a country with which she still maintains close ties.
Having been awarded several prizes and distinctions, her work is shown in New York at the Liz O’Brien Gallery, and at the Galerie Capazza, in Nancay (Fr). Also in Paris, at the Galerie May and the 1831 Gallery. Her works are displayed in some public collections in France and Japan. Her last public exhibitions were at the Hotel Gouin, in Tours (Fr), part of the 500 th Leonardo daVinci anniversary, in 2015 at the Musée de Sarreguemines and in 2014 at the Musée National Adrien Dubouché in Limoges as well as at the Villa Empain, Boghossian Foundation, in Brussels, Belgium. In 2015, her sculptures are displayed in the Collect International Art Fair at the Saatchi Gallery in London, represented by the Gallery Collection, Paris. A personal exhibition is presented in 2016 by the Galerie Capazza. In 2017 and 2018, Liz O’Brien Gallery shows her sculptures at the Park Avenue Armory show.