Sandra Zeenni

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Sandra Zeenni

Est-ce du marbre ? Est-ce du bronze ? Les dernières sculptures de grès blanc ou noir émaillé de Sandra Zeenni se réfèrent de façon allusive au corps humain, ne laissant aucun doute sur leur interprétation. A la fois figuratives et abstraites, elles évoquent de façon troublante la torsion d’un buste, l’amorce d’une épaule, l’étirement d’un dos allongé ou l’arrondi d’un ventre, soudain érotisé par quelque orifice un peu caché. Elles sont à la fois le tout et la partie. Une sculpture noire émaillée montre une mêlée intime où s’entend comme une respiration. Plus que des fragments du corps contemporain, ces sculptures s’inscrivent dans une histoire de l’art : elles retiennent dans leurs courbes sensibles et caressantes le souvenir de la statuaire antique, et celui de la peinture baroque où le muscle se découpe dans la lumière. Issue de la céramique et de l’émail, Sandra Zeenni est devenue sculpteur « sans avoir jamais projeté de l’être, en suivant une voie ouverte à elle progressivement », en travaillant depuis des années sur l’abstraction du vivant. « Je viens du Liban, précise-t-elle, un pays où il règne encore des tabous, et j’entends affirmer un existant féminin. » Chemin faisant, elle a trouvé sa technique et son processus de création : elle cherche la forme de ces sculptures en mettant la plaque de terre contre elle, en la travaillant dans un corps à corps. Et les titres de ses œuvres, des morceaux de mots (Coma, Lage Uz, Lage T, Zon) dont nous ne saurons rien, sont en accord avec elles.

Carole Andreani

La Revue de la céramique et du verre – nov-dec 2017